Le mot bashing, vous connaissez ? Pour une définition concrète, allez voir les critiques sur la série Iron Fist de Netflix & Marvel. Les notes données à cette série sont en général extrêmement négatives, au point qu’on peut dire qu’elle a subi un véritable lynchage médiatique avant même sa sortie. Et j’avoue que je ne comprends pas le pourquoi de ce dénigrement général… Je vous explique tout ce que j’ai aimé dans cette série à mon avis injustement décriée !

Avant toute chose, j’ai très peu lu de comics solo sur Iron Fist, je ne suis donc pas vraiment au point sur quelles sont ses origines, ses ennemis habituels, etc. Je le précise car j’ai l’impression que beaucoup de fans de comics sont déçus de la traduction TV du personnage, qui n’a pas la même histoire que dans le média original. La force de cette série selon moi, c’est justement ce personnage naïf, presque enfantin, et pas encore accompli. Et j’ai conscience que ce point coince pour beaucoup, car ils attendaient une version « épique » de leur héros… Mais c’est ce qui m’a ému, de voir un personnage ayant reçu des pouvoirs mais ne sachant pas quoi en faire, puisqu’il n’a jamais réussi à guérir des blessures de son enfance. Il est rare de voir le personnage principal d’une série souffrir de syndrôme post-traumatiques, dont il a refoulé les symptômes pendant les années de maltraitance que les moines lui ont infligé à K’un-Lun pour qu’il devienne une arme. Finalement, il n’a jamais appris à être adulte, à être un homme, à être humain tout simplement. Ce qui explique qu’il s’accroche autant aux miettes de son humanité, c’est à dire les Meachums. C’est aussi pour cette raison qu’il explose de manière incontrôlée et qu’il reste naïf : il n’est finalement qu’un enfant qui souffre. Le décalage entre lui et le reste du monde est étonnant, très bien traité et vraiment touchant. La complexité de ce personnage est quand même hors du commun pour une série de super-héros tout de même !

Cette remarque est également valable pour le reste des personnages, qui bénéficient chacun d’une psychologie très travaillée, surtout ceux qui paraissent banals au départ. Mention spéciale pour Joy et Ward Meachum, ce dernier étant un exemple particulièrement édifiant des mécanismes de la maltraitance. Il passe de bourreau à victime plusieurs fois, alors que Joy semble la plus équilibrée, mais sa vie faite de « mensonge confortable » pourrait bien changer du jour au lendemain… Elle est d’ailleurs un bon exemple de femme forte qui semble savoir ce qu’elle veut, une battante qui ne cache pas ses faiblesses. les séries Marvel/Netflix s’en sortent encore une fois très très bien avec les personnages féminin, ce qui est assez rare pour être souligné (malheureusement !).

Beaucoup ont trouvé la série trop lente, mais je trouve que c’est un point positif. Pour une fois, il y a une vraie montée en puissance constante, une évolution logique, là où Daredevil saison 2 & Luke Cage commençaient très fort et s’effondraient lamentablement sur la suite. À se demander si les efforts n’étaient pas concentrés sur les 5 premiers épisodes traditionnellement envoyés à la presse pour qu’ils puissent écrire des critiques… Iron Fist n’a pas fait ce calcul, et finit par en souffrir malheureusement puisque la plupart de ces « journalistes » ont donné un jugement définitif sur la série, souvent en oubliant de préciser qu’ils ne parlaient que de la moitié de la saison d’ailleurs… Heureusement qu’il reste de (rares)  vrais journalistes pour faire de bonnes critiques !
Même constat sur les combats, qui ont apparemment été qualifiés de « chiants », et surtout trop lents. En effet, ça ne fuse pas partout comme dans les films classiques sur le Kung Fu, le parti-pris est ici clairement plus réaliste. Et pourquoi pas ? C’est le cas sur toutes les autres séries Marvel/Netflix après tout ! D’autant qu’il y a de très belles scènes de combat, notamment l’épisode du « tournoi » (réalisé par RZA, énorme fan du genre), le combat sous la pluie, tout simplement incroyable, et le combat avec la technique de l’homme ivre, qui sont de très bons hommages aux films du genre ! Quand on sait que le pauvre Finn Jones n’a eu que 3 semaines pour s’entraîner au Kung Fu qu’il n’avait jamais pratiqué avant le tournage, et qu’il n’avait que 15 à 20 minutes avant les scènes de combat pour apprendre la chorégraphie… C’est encore plus impressionnant !

Pour ceux qui lisent les articles anglophones, il y a également eu aux USA des critiques sur le fait que le héros soit joué par un homme blanc, c’était selon ces personnes l’occasion de mettre des acteurs asiatiques en avant pour changer. Non mais sérieusement, le gars fait du Kung-Fu donc il doit être forcément asiatique ? Bonjour la racisme ordinaire !!

J’ai beaucoup aimé le côté lumineux de la série grâce au caractère de Danny. Même dans les moments les plus sombres, son innocence ne se laisse pas complètement submerger par l’obscurité. C’est là pour moi son ton à elle, même si beaucoup de détracteurs dénonçaient l’absence de marque distinctive, ou disaient « elle n’a pas réussi à être aussi sombre que Daredevil ». Je ne pense pas que la comparaison soit pertinente, car les personnages sont très différents, et je ne pense pas que le but de Netflix soit de copier à tout va cette recette qui a d’ailleurs déjà montré des faiblesses dans la saison 2 de DD. Chez Iron Fist, les personnages ne sont jamais caricaturaux, à l’inverse ce que les deux premiers épisodes peuvent laisser penser (oui, comme beaucoup de séries Marvel/Netflix, il y a un ou deux épisodes en trop, là c’est le début qui en pâtit) et ça ne veut pas dire transformer tout le monde en anti-héros, c’est là la principale différence avec Daredevil, Jessica Jones et Luke Cage, avec le fait qu’il n’y ait pas de « grand méchant ». Mais je ne trouve pas que ce soit une mauvaise chose. Le grand méchant de Luke Cage était tout à fait navrant par exemple(SPOILER le coup du frère caché qui déteste le héros… parce qu’il est jaloux que son papa l’aime plus que lui bouhouhou ! Je m’en suis toujours pas remise de celle-là). J’ai passé les dernier épisodes à soupirer tellement c’était mauvais, et tellement caricatural… Pourtant elle est bien mieux notée qu’Iron Fist !! Incroyable.

Quant au côté naïf de Danny… Depuis quand gentil est synonyme de chiant ? Un héros ne peut-il pas être positif sans être qualifié de personnage de série CW ? Non, tous les super-héros ne doivent pas être « grim & gritty » OU seulement basés sur l’humour à 100% : il y a de la place pour tous les types de super-héros, enfin ! Et Danny est sans doute encore plus super que héros, mais voir une origin story aussi nuancée me donne envie de suivre son évolution vers le Iron Fist qu’il pourrait être ! Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il n’y a plus de la place que pour les anti-héros. Les gens veulent voir des héros violents qui tuent sans état d’âme mais qui a un bon fond quand même. Et il fait des blagues en même temps, c’est important ! Bref un Deadpool, un Logan, des Suicide Squad, bientôt Venom… Même Marvel Studios, pourtant réputé pour avoir un ton plus « light » peut recevoir cette critique. Certes on se marre mais prenez les Avengers : ce sont tous des anti-héros, sauf Captain America, et c’est celui qui est le moins apprécié en solo… Chez les autres séries Marvel/Netflix, le côté anti-héros se double d’une « ambiance » très marquée. Luke Cage était « cool » puisqu’il y avait une ambiance et des références liées à la blaxploitation. De la même façon que Jessica Jones était « cool » car c’était une héroïne et Daredevil « cool » parce que c’était sombre & violent. La différence de taille tout de même c’est que ces deux dernières avaient un scénario qui tenait la route… Dans Iron Fist, l’univers se veut plus réaliste et le héros plus lumineux. C’est lui qui fait le pont entre le quartier d’affaires et Chinatown, là où Harlem mis en avant dans Luke Cage par exemple imposait une ambiance visuelle et sonore plus marquée. Dans Iron Fist, les thèmes évoqués ne sont pas à la mode, donc c’est considéré comme nul. Chez Iron Fist, le grand ennemi, c’est la corruption du monde. Sacré challenge, non ?  Et à ce titre c’est une excellente introduction à The Defenders, qui sortira à la fin de cette année. Danny reconnaît relativement facilement qu’il a besoin d’aide, et à ce titre c’est sans doute le plus lucide des Defenders, voire le plus sain d’esprit malgré ses symptômes de stress post-traumatique !

Cet article n’a pas pour but d’encenser la série, qui a malgré tout des défauts : il y a des scènes qui se répètent inutilement, des maladresses scénaristiques parfois, le générique mauvais, les combats sont inégaux et on ne voit clairement pas assez ni K’un Lun, ni le pouvoir d’Iron Fist, preuve manifeste du manque de budget sur une série qui en avait plus besoin que les autres. Mais le constat est le même que pour les autres séries Marvel. Avec cet article, je veux surtout montrer que je comprends pas le bashing hyper violent dont elle fait l’objet. Aujourd’hui soit c’est du génie, soit c’est nul à braire, c’est ça ? On ne peut plus trouver une série bonne sans nier ses défauts ? Qu’elle puisse avoir autant de mauvaises critiques et de mauvaises notes me dépasse.

Bref, on a une série avec un héros trop gentil, qui prend trop le temps de définir ses personnages et leurs motivations, avec un parti-pris trop réaliste, et avec un thème pas assez dans l’air du temps pour être populaire. Voilà ce qui suffit à faire oublier ses qualités. Cette dictature du cool et du dark me fatigue, voilà. Et si on ouvrait la porte à des points de vue différents au lieu de privilégier l’uniformisation ?