Bonjour tout le monde ! Oui, je sais : ça faisait longtemps… Mais, l’oeuvre dont je vais vous parler aujourd’hui va me permettre de me faire pardonner. C’est totalement par hasard que j’ai trouvé cette trilogie de Hervé Bourhis – j’en profite d’ailleurs pour remercier les opérations BD à 1euro de Auchan – et j’ai été totalement conquise.

Alors qu’est ce que Comix Remix ? C’est une bande dessinée française traitant de super-héros. Et c’est assez rare pour être remarqué !

comix1_pl01Nous voici donc à Towerville où règne la Corporation, société gérant les super héros et leur image médiatique. Parce que oui, dans cet univers, les supers-héros doivent gérer leur image médiatique. Pub, interview, symbole, ils sont connus de tous et en vivent quitte parfois à oublier leur mission première : aider les citoyens.

Tout commence avec la mort de Mister Mercure. Éminent membre de la Corporation, connu et apprécié de tous, il semble avoir été tué par les Clandestins, une organisation qui lutte contre l’hégémonie de la corporation. Très rapidement cependant, un scandale éclate : et si c’était la Corporation elle-même qui avait tué Mister Mercure ?

C’est là que réside la force de cette trilogie. Tout n’est que paraître. Je passe rapidement sur le trait de dessins tremblotants et crayonnés. Si ce style est clairement emprunté à des maîtres comme Trondheim ou Sfar et me fait, personnellement, pensé à Donjon, je n’y suis malheureusement que peu réceptive. Par contre, le traitement du sujet m’emballe !

comixremix2L’intrigue politique y est certes classique mais elle est intéressante. A l’instar d’un Dictrict 9 de Neill Blomkamp, une analogie peut être rapidement faite entre leur univers et le notre. Les membres de la Corporation doivent correspondre à des normes physiques et rejettent la plupart des « physiques contrariés ». Ces monstres sont ce qui constitue la majeur partie des Clandestins. Ils vivent pour la plupart dans des ghettos insalubres et la Corporation parle régulièrement de raser leur quartier. Comment ne pas y voir une analogie avec la ghettoïsation des minorités dans notre propre société ?

Mais ce qui m’a le plus emballé c’est la guerre que se livre les deux organisations. Elle n’a finalement que peu lieu physiquement. Certes des combats ont lieu et des morts sont à déplorer. Rien n’est jamais acquis sans violence. Mais le conflit s’empare surtout du quatrième pouvoir et c’est à une guerre médiatique à laquelle nous assistons. Qui sera le mieux vu des citoyens ? Comment cacher les scandales ? Finalement, ce que nous montre cette BD, c’est que qui contrôle la presse, contrôle le monde. Tout est une question de symbole et ils se battent d’ailleurs pour les faveurs d’une personne en particulier qui leur permettra de gagner la bataille médiatique : Miss Mercure.

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J’en viens au dernier point. Comix remix ne serait rien sans ses personnages. Complexes, évitant les écueils du manichéïsme, ils apportent avec brio leur pierre à l’édifice. Et si je ne devais prendre qu’un seul exemple en ce sens, je prendrais Miss Honolulu. Chef de la Corporation, elle n’hésite pas à s’enrichir en mettant en place un système de corruption bien contrôlé dont elle est la seule responsable. Elle cache malgré tout un amour à sens unique pour Miss Mercure et nous apparaît bien des fois comme pathétique dans le sens étymologique du terme.

Bref, j’espère vous avoir convaincu de vous la procurer. Malgré quelques défauts, notamment un troisième tome en deçà des deux premiers, il s’agit là d’une excellente bd traitant avec maturité et intelligence du thème des supers héros à la Française. C’est tout pour moi.

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Le troisième tome de la saga n’étant plus réédité, je vous conseille de prendre l’intégrale sur Amazon.

Comix remix – intégrale, Hervé Bourhis, Dupuis, 6 septembre 2012.