J’ai beaucoup de retard car cette œuvre est sortie en 2011 avec le titre Paying For It en V.O. Ce comics indépendant au sujet polémique est devenu un best seller, et j’ai découvert pourquoi. Sans voyeurisme, avec beaucoup de lucidité, Chester Brown nous fait découvrir la prostitution du côté client. Voici ma critique du comics 23 prostituées.

23 Prostituées est une bande dessinée autobiographique du célèbre auteur indépendant Chester Brown. Il traite -surprise- de la prostitution, et plus précisément de l’expérience de l’auteur en tant que client. Après sa rupture avec sa petite amie, l’actrice Sook-Yin Lee, Chester Brown se rend compte qu’il ne veut et n’a plus besoin d’être en couple, ses besoins affectifs étant comblés par ses amis. Il assimile le couple avec le besoin de possession, idée qu’il rejette. Mais il a toujours des besoins sexuels, il décide donc que plutôt que d’aller draguer des femmes dans les bars, il est plus honnête de sa part de fréquenter des prostituées.

critique de comics 23 prostituées ChesterBrown

Il décrit donc minutieusement et parfois crûment cette partie de sa vie : comment il s’y prend pour les trouver, la réaction de ses proches lorsqu’il leur en parle, les détails comme s’il faut donner un pourboire ou pas,  les différentes prostituées qu’il rencontre. Pour les protéger, on ne voit jamais complètement leur visage, et leurs noms ont été modifiés. Parmi celles-ci, certaines semblent sûres d’elles et apprécier cette vie, certaines semblent apeurées, certaines sont pudiques, certaines sont jolies et d’autres non… Ne vous attendez pas à des scènes hot, les rapports sexuels sont dessinée de manière pudique, voire clinique. Pervers, passez votre chemin.

critique de comics 23 prostituées ChesterBrown

Le ton est assez neutre, presque froid, ce qui peut rebuter des lecteurs en recherche d’émotion mais le fait est que cela rend l’ensemble plus réel. Le dessin est également très basique, Chester Brown dessine même tous ses personnages avec une expression neutre sur toutes les cases. Cela peut sembler une critique, mais ça n’en est pas du tout, cette extrême simplicité permet de se concentrer sur le propos, c’est une BD plus intellectuelle que le pop corn Gardiens de la Galaxie, au hasard !

critique de comics 23 prostituées ChesterBrown

23 Prostituées est une aussi une réflexion sur l’amour, sur quelles formes il peut prendre. L’auteur réfléchit au couple, au sexe, est-ce que le couple monogame est un but à atteindre absolument ? Est-ce que les besoins affectifs et sexuels peuvent réellement être comblés par une seule personne ? Et bien sûr, le propos principal est la prostitution : le corps d’une femme lui appartient, peut-on juger / réguler / lui interdire d’en faire ce qu’elle veut ? Les annexes sont en ce sens extrêmement intéressantes et complètes ! On a l’impression de lire deux œuvres différentes mais liées, c’est une forme originale qui m’a beaucoup plu. Chester Brown y donne son point de vue sur la législation, la morale, la tradition somme toute récente du couple et de la fidélité, le tout étant très argumenté. On peut ne pas être d’accord avec lui sur certains points, mais il a le mérite de livrer son expérience avec sincérité. Je trouve que l’auteur a beaucoup de courage, il ne fait pas dans la concession en expliquant intelligemment son avis pour le moins polémique !

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C’est un comics très différent de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent, et je dois dire que je remercie le vendeur du Furet du Nord  qui m’a conseillé ce livre « pour ne pas parler que de super-héros sur le blog ». Lire ce comics m’a inspiré une de mes résolutions pour 2015, c’est-à-dire découvrir un peu plus les comics indépendants !

Je le recommande absolument, c’est ce genre d’œuvre qui donne envie de défendre encore plus le genre des comics, pour enfin faire comprendre aux gens que ce n’est pas qu’une lecture pop corn destinée aux enfants.

critique de comics 23 prostituées ChesterBrown23 Prostituées est sorti en 2012 chez Les Editions Cornélius, 25,50 EUR pour 250 pages.