Les super-héros handicapés ne sont pas nombreux. Et lorsqu’ils le sont, c’est physiquement, de préférence par quelque chose qui est surpassé par leurs pouvoirs. Mais le handicap n’est pas seulement une chaise roulante, ou une canne d’aveugle, il est parfois invisible. Spoiler : les comics et les maladies mentales, ils sont pas copains.

Des héros en fauteuil roulant, alors pourquoi pas des héros schizophrènes ? Les comics ont encore un peu de mal avec cette idée. Il y en a quelques-uns à citer, qui ont même tous un point commun. Saurez-vous le deviner ?

Deadpool

super héros et maladies mentales

Evidemment, comment ne pas le citer ? C’est un personnage assez particulier, qui a commencé par apparaître comme opposant à Wolverine avant d’avoir sa propre série. Son vrai nom est Wade Wilson (oui c’est une copie assumée de Deathstroke de l’univers concurrent DC Comics, qui s’appelle Slade Wilson en civil…), il était en train de mourir d’un cancer lorsqu’il a servi de cobaye au même projet secret qui a donné à Wolverine des griffes en adamantium. Son cancer fut guéri, sa force et ses réflexes furent décuplés mais le facteur de guérison rapide qui lui avait été implanté a eu pour effet secondaire de complètement le défigurer et de le rendre psychologiquement instable. Il est aussi conscient d’être un personnage de comics, il lui arrive donc de s’adresser au lecteur ! En bref, un personnage complètement barré mais quand on tue, qu’on torture, et qu’on agit que dans son propre intérêt peut-on être considéré comme un héros ??

La Sorcière Rouge

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On la verra dans Avengers 2 : Age of Ultron sous les traits de Elizabeth Olsen. Dans les comics, elle et son frère jumeau Quicksilver sont les enfants de Magneto. Même sans savoir ça, ils commencent tous les deux leur carrière du côté des méchants, dans la confrérie des mauvais mutants. Ils rejoignent par la suite les héros chez les Avengers. Elle est une mutante comme les X-Men, mais ne vous attendez pas à ce qu’elle aie la même origine au cinéma, pour des questions de droits entre les studios… L’accent sera sûrement mis sur ses capacités de magicienne, qui font qu’elle peut altérer les probabilités, autrement dit manipuler la réalité. Elle a un pouvoir immense mais ne semble jamais capable de le contrôler. Chacune de ses décisions peut avoir des conséquences désastreuses, comme lorsqu’elle « perd » ses enfants et que le choc de leur perte fait qu’elle tue sans s’en rendre compte plusieurs des membres des Avengers, dont Hawkeye. Ou encore lorsqu’un mot de sa part « Plus de mutants » élimine les pouvoirs de la plupart des mutants du monde, les laissant sans défense.

Jean Grey

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Ce personnage est bien connu du grand public depuis sa place de premier plan dans la première trilogie X-Men. Le fait qu’elle soit possédée par le Phénix, une puissante entité cosmique, fait qu’elle alterne entre deux personnalités : l’une douce et l’autre puissante mais instable. Elle est ainsi parfois le Phoenix blanc, parfois le Phoenix noir, pouvant dans cette forme détruire des planètes entières sans ciller. La première femme qui a intégré les X-Men est donc souvent passée dans le camp des méchants.

Sentry

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Il est la réponse de Marvel au Superman de DC Comics. Il a le même type de pouvoirs « la puissance d’un million de soleils en train d’exploser », mais il était aussi schizophrène avant d’acquérir ses pouvoirs. Sa psyché est donc séparée en deux entités séparées qui ont chacun leurs pouvoirs : Sentry et Void. Il peut donc être la résolution d’un conflit inter-galactique meutrier, comme sa cause lorsqu’il est dominé par son alter-ego Void. Les Avengers l’ont pris dans leur groupe en grande partie parce qu’il était trop instable psychologiquement, et qu’ils voulaient le surveiller de près…

Rorschach

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Ce personnage au masque si particulier de Watchmen fait partie de la seconde équipe des justiciers qui veulent combattre le crime. Perturbé depuis l’enfance à cause des mauvais traitements de sa mère prostituée qui ne le désirait pas, il bascule vers la folie lorsqu’il enquête sur l’enlèvement d’une petite fille et qu’il la retrouve découpée en morceaux et donnée en repas aux chiens du tueur. Il considère que son masque est désormais sa vraie personnalité et ne répond plus à son vrai nom, Walter Kovacs. Il n’a plus de limites quant à sa lutte contre le crime, qui devient extrêmement violente. Comme la plupart des personnages de Watchmen, on peut difficilement parler de lui comme d’un héros, on a souvent évoqué le diagnostic de sociopathe en parlant de Rorschach

Vous avez trouvé le point commun ? Aucun de ces « héros » ne sont des modèles sans tache comme Captain America. Ils sont tous passés par le mauvais côté à un moment ou à un autre, voire y font des passages répétés à cause de leur folie. Dès qu’ils perdent le contrôle, qu’ils ont des symptômes de schizophrénie par exemple, le scénario les fait basculer vers le mal.

Alors, les comics, maladie mentale = personnage malfaisant, vraiment ?

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Si on regarde du côté des méchants, ce n’est guère plus reluisant. La galerie de méchants de Batman en est l’exemple de plus frappant. L’explication des actes violents de Double-Face : double personnalité, Trouble Obsessionnel Compulsif. L’Homme-mystère : Trouble Obsessionnel Compulsif aussi, Harley Quinn : le syndrome de la Folie à Deux, et je ne parle même pas du Joker ! Pourquoi fait-il ça ? Because he’s insane ! Ce qui est appelé la folie des personnages, qu’on pourrait en fait appeler les symptômes d’une maladie mentale, sont devenus la motivation des super-vilains pour être méchants. Un peu simpliste, non ? Et il n’y a pas que Batman ! Norman Osborn, l’ennemi de Spiderman semble souffrir d’un trouble dissociatif de l’identité par exemple.

Inutile de faire la liste complète, vous l’aurez compris, les méchants sont presque tous fous dans les histoires de super-héros, c’est plus pratique pour les scénaristes. Bien sûr, il n’est pas question d’être réaliste à tout prix dans les histoires de super-héros, après tout on parle bien de personnes qui mettent des costumes pour combattre le crime / qui sont des aliens aux pouvoir infinis / qui sont des sorciers qui voyagent dans toute la galaxie etc. Mais quand les personnages souffrant de maladies mentales sont systématiquement représentées de manière négative,dans les comics ou ailleurs, il est temps de se demander si un effort de ce côté là ne ferait pas évoluer les mentalités.

super héros et maladies mentales

De plus, plus il y a de diversité dans les histoires et les personnages (que ce soit ethnique, orientation sexuelle, parité homme femme, aptitudes physiques et mentales…), plus les lecteurs pourront s’identifier… Et qu’y a t-il de mieux dans la fiction qu’un lecteur qui s’implique émotionnellement dans les histoires qu’il lit ?

Mais vous savez quoi ? Les choses changent quand même un peu. En faisant des recherches pour cet article, je suis tombée sur des choses très intéressantes. Une psychologue aux Etats-Unis utilise les super-héros et la culture geek en général pour soigner ses patients. (elle écrit aussi des articles fascinants sur le traitement de l’anxiété dans Harry Potter ou sur la façon sont Agent Coulson surmonte le traumatisme de sa résurrection dans Agent of Shield !)

Il y a des documentaires où des psychologues analysent la psychologie de Batman sur Youtube !

Vasilis Posios, psychiatre de formation, et Marguerite Sauvage viennent de créer un comics appelé Aura, où le personnage principal qui a une sorte d’aura qui lui donne les pouvoirs nécessaires pour être une héroïne, est aussi bipolaire. Sa maladie y est décrite de manière réaliste, on voit aussi la manière très différente dont les gens la traitent lorsqu’ils apprennent qu’elle a une maladie mentale… Si plus de comics comme celui-là pouvaient avoir du succès, peut-être que ces réactions n’existeraient plus dans la vraie vie, qui sait ?